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Archive pour Mes portraits

Farid Smahi, l’effronté

Membre du bureau politique du Front National, Farid Smahi a derrière lui un parcours chaotique, une démarche singulière, une ambition profonde. Portrait d’un militant forgé par le goût du combat.

La gauche l’écoeure. La droite le déçoit. Funambule sur la longue corde du cirque politique, Farid Smahi est pourtant passé par le PC, le PS et le RPR. Puis un jour, il a vacillé. Le Front National l’a cueilli en 1997, juste au moment où il se sentait trahi par la « gauche caviar » et la « fausse droite ». Il dit avoir été longtemps « dragué » par tous les partis. Décoré de l’ordre national du mérite, décidé à se faire valoir comme « symbole d’intégration parfaite », il n’a alors reçue aucune proposition politique à la mesure de son ambition.

« Plus on me blesse, plus je me bagarre » explique-t-il. Son ego n’a été apaisé qu’au jour où Jean-Marie Le Pen l’a placé en tête de liste des élections régionales. Rachid Kaci, député UMP, qui connaît bien Farid Smahi pour l’avoir côtoyé à France Plus, a toujours perçu en lui un profond besoin de reconnaissance, mais aussi un orgueil détestable. « Sans vouloir être méprisant, c’est un pauvre type. Mais il doit être malheureux au fond de lui-même, car il est un peu un singe savant. » Il demeure en effet un grand paradoxe en ce personnage : fier d’être Français, certes, mais n’est-il pas mis au jour par le parti pour son origine ? Martial Bild, de la Fédération de Paris du FN, s’en défend : « Ce n’est pas un choix ethnique ! Il est là pour ce qu’il est… »

De Bagdad à Jérusalem

Farid Smahi narre avec quelque lyrisme ses épopées humanitaires avec l’association de Jany Le Pen, « SOS Enfants d’Irak ». Pour lui, cette action lui a permis de redorer son image dans les banlieues. « A une époque, tout le monde crachait sur lui dans les quartiers, mais aujourd’hui c’est différent. », confirme Rachid Kaci. Au moment où Farid Smahi s’intéressait au Front, Jean-Marie Le Pen tenait en effet un certain discours sur l’Irak.

Mais le militant, musulman non pratiquant, reste davantage attentif aux causes palestinienne et irakienne qu’à la terre de ses ancêtres. Fils de harki, Farid Smahi a hérité d’un sens patriotique aigu, et semble faire fi de ses racines algériennes. Il se sent « aussi bien à St Cirq Lapopie qu’à Oran. » Lorsqu’il se rend de l’autre côté de la Méditerranée, c’est « pour aller dorer mes fesses au soleil, comme tous les Français » s’amuse-t-il, goguenard. Lorsqu’il évoque les Maghrébins, Farid Smahi parle, d’un ton très détaché, de « ces gens-là » Lorsqu’on l’interroge sur la famille qu’il a en Algérie, on ne rencontre qu’une indifférence à peine dissimulée.

 

Instinct compétitif

Au FN, Farid Smahi est aussi chargé des « questions sportives » : il s’imagine déjà ministre de la Jeunesse et des Sports de Jean-Marie Le Pen. Avant d’être éducateur sportif, il s’adonnait au water-polo. Joueur dans l’équipe nationale, il a aussi été entraîneur à l’ACBB, le club de Boulogne, pendant six ans, jusqu’en 1982. « Au niveau entraîneur, c’était un sacré meneur d’hommes », raconte Stéphane Brégeon, qui a joué à l’ACBB à l’époque. « Il m’avait surtout impressionné dans sa manière d’arbitrer les matches, avec rigueur, et un coup d’œil implacable pour voir les fautes… » Ce passé de compétitions plus sportives que politiques a aiguisé la volonté combative de Farid Smahi, qui dit y avoir trouvé « le goût de la compétitivité, de la lutte. »

 

Hors champ

« Farid Smahi n’a pas de structure intellectuelle, simplement des postures. Une seule chose l’anime vraiment, l’antisémitisme. Ce n’est pas un hasard quand il va chercher Dieudonné… » souligne Rachid Kaci. Pour lui, le militant « transpire la haine ». Pourtant, en dehors du champ politique, il est parfois apprécié pour sa « gentillesse », ou sa jovialité. « Ah, c’est un personnage ! » s’exclame la concierge de son immeuble, qui aime à discuter avec lui devant la grille. « C’est un grand communicatif et il est toujours prêt à rendre service. » Mais elle préfère rester discrète sur son identité, tout comme un des collègues de Farid Smahi. Il craint en effet qu’un amalgame soit fait entre leur association, qui aide chômeurs et alcooliques, et le frontiste. « Il fait du bon travail, et ça s’arrêtera là, point à la ligne. »

 

« Prendre le maquis »

Farid Smahi a une certaine idée de l’audace intellectuelle, et du courage d’agir. Il se lamente ainsi sur tous les « lâches » qui pullulent, notamment « ces salopards de maires, qui n’ont rien dans le ventre » parce qu’ils n’osaient pas donner leur signature à Jean-Marie Le Pen. Ses rares modèles sont des héros, des révoltés, des combattants. « Qui aurait dit que de pauvres Français, de pauvres paysans, allaient se réveiller un matin pour décapiter leur propre roi ? » s’interroge-t-il sans songer que rares étaient les paysans place de la Révolution au jour de la mort de Louis XVI.

Aujourd’hui, Farid Smahi admire cette vertu corse de « prendre le maquis ». Il aurait d’ailleurs « plaisir » à les imiter. Mais ses élans fougueux peuvent vite agacer. « Il est très emporté, souligne Martial Bild, qui collabore souvent avec lui. Il faut toujours que ce soit énorme, que ça aille très vite, très fort. » Pour la gauche qui l’écoeure, pour la droite qui le déçoit, mais aussi pour quelques membres du Front qui murmurent, il reste un effronté.

Farid Smahi en quelques dates :

-1961 : Naissance à Lyon

-1992 : Fondation du cercle de réflexion « Arabisme et Francité »

- 1996 : Parution de son premier ouvrage, « Faut-il brûler les Arabes de France ? »

- 1997 : Adhésion au Front National

- 1998-2004 : Conseiller régional d’Ile-de-France

Pèlerin de l’image

Pascal Maitre, photographe-reporter autodidacte, a parcouru les contrées les plus éloignées. Curieux de tout, las de rien, il évoque sans prétention ses étapes périlleuses comme ses intimes convictions. Portrait d’un grand du photo-journalisme.

Il a le sourire de l’humble mais l’enthousiasme du conquérant. « Condamné à être indépendant », Pascal Maitre a pris d’assaut des dizaines de pays pour en ramener des mosaïques de visages humains, de paysages, d’eaux-fortes. Il revient sur chacun de ses reportages, qu’il définit comme une « plongée », avec cette voix étrangement grave et douce à la fois. Parmi les miliciens armés, de l’Afrique Noire au Moyen-Orient, il part avec pour seule arme un Leica, compagnon de fortune et d’infortune avec lequel il mitraille à l’allure de 5000 photos pour un reportage de trois semaines. Déguisé en Afghan dans le silence nocturne ou plaqué brutalement sous un lit en Haïti pour ne pas se faire abattre, comment peut-il dans ces moments-là ne pas être tenaillé par la peur ? « Avoir peur, c’est toujours très personnel. Il y a des jours où des choses très graves se passent et où je n’ai pas du tout peur. D’autres fois, c’est moins grave et pourtant je le sens mal. » Tout repose, pour lui, sur l’importance d’être en forme physique : campé solidement sur ses jambes, le photographe a en effet l’allure d’un chef d’équipe sportive. S’il a rechigné pour faire son service militaire, envoyé finalement décorer de tirages géants les casernes de Paris, son air déterminé laisse deviner une énergie à peine voilée par sa placidité. Son ennemi le plus dangereux n’est autre que la fatigue, car « c’est là qu’on fait des erreurs », explique-t-il. L’insouciance n’est donc pas de mise, et il prépare ses voyages minutieusement. Chaque nouvelle destination de reportage doit être balisée, « comme un jeu de piste ». Il n’hésite alors pas à demander de l’aide à ses nombreux contacts rencontrés à Jeune Afrique, National Geographic ou Géo. Car s’il travaille souvent seul, le voyageur aime être en relation avec d’autres reporters mais encore travailler en binôme. Il précise de surcroît que « dans les zones délicates, il vaut mieux être deux pour prendre des décisions. » Sur les traces de Gide au Congo, derrière le Commandant Massoud en Afghanistan, Pascal Maitre met en outre son énergie au service d’une quête passionnée de l’information : « Les choses ne viennent jamais à vous, il faut aller les chercher sans trop se poser de questions.»

Chemin faisant

Rien ne semble l’arrêter, et pourtant. Ses souvenirs le ramènent à la bataille de Kaboul, en 1992 : « Ca cognait. J’ai suivi un ami de Médecin sans Frontières jusqu’à l’hôpital. Là, les blessés arrivaient, ils étaient explosés, ils hurlaient. Je n’ai plus eu envie.» Sentiment d’écoeurement. Quelques années plus tôt, en Mozambique, il allait voir un mutilé de guerre. L’homme était rieur, loquace, comme si de rien n’était. Le reporter a pourtant attendu que l’homme devienne plus grave pour faire son cliché : « Moi, bêtement, je voulais faire une photo dramatique. Alors que la Vie avait repris le dessus. » Sentiment d’erreur. Et puis, souvent très bien accueilli par des gens qui « donnent, beaucoup», il évoque ceux qui ont passé des semaines au pied de son lit, la nuit, pour veiller sur lui : « Quand on repart, on y pense encore. Et on n’oublie pas. » Sentiment d’abandon. Sur ce qui est lourd à porter, le photographe ne s’étend pas. Il défend discrètement sa pudeur et use sans cesse du mot « personnel ». « Moi, je ne parle pas beaucoup.», explique-t-il. Certes. Mais lorsqu’il parle de son parcours, ses mains s’agitent, ses yeux s’animent ; lorsqu’il parle de ses photos, tout son être transpire l’amour de l’image. Il dévoile ainsi un reportage commandé par Géo France et Géo Allemagne, qui l’a conduit deux fois en Somalie. L’immensité du bleu sur les bâtiments coloniaux de Mogadiscio, deux hommes engoncés dans leur combinaison rouge face à un énorme conteneur flottant sur les eaux, un chef d’escorte endormi dans une vaste chambre rose, qu’il trouve «un peu surréaliste » : son récent reportage sur Mogadiscio est un virage constant entre la soif des couleurs, le souci de l’humain et l’effort pour dénicher l’information. Tous ces pèlerinages du reporter semblent aussi reposer sur une grande foi dans le pouvoir de l’image : « Par l’image, l’imaginaire se promène, à la différence du documentaire», souligne le photographe. D’ailleurs, il ne troquerait pour rien au monde son appareil photo contre un autre support d’expression. Celui qui se dit « prêt à aller partout », à partir du moment où il va « pouvoir construire une histoire» ne pense pas à s’éloigner de la grande route du reportage. Condamné au voyage.