Collection particulière
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Pèlerin de l’image
Pascal Maitre, photographe-reporter autodidacte, a parcouru les contrées les plus éloignées. Curieux de tout, las de rien, il évoque sans prétention ses étapes périlleuses comme ses intimes convictions. Portrait d’un grand du photo-journalisme.
Il a le sourire de l’humble mais l’enthousiasme du conquérant. « Condamné à être indépendant », Pascal Maitre a pris d’assaut des dizaines de pays pour en ramener des mosaïques de visages humains, de paysages, d’eaux-fortes. Il revient sur chacun de ses reportages, qu’il définit comme une « plongée », avec cette voix étrangement grave et douce à la fois. Parmi les miliciens armés, de l’Afrique Noire au Moyen-Orient, il part avec pour seule arme un Leica, compagnon de fortune et d’infortune avec lequel il mitraille à l’allure de 5000 photos pour un reportage de trois semaines. Déguisé en Afghan dans le silence nocturne ou plaqué brutalement sous un lit en Haïti pour ne pas se faire abattre, comment peut-il dans ces moments-là ne pas être tenaillé par la peur ? « Avoir peur, c’est toujours très personnel. Il y a des jours où des choses très graves se passent et où je n’ai pas du tout peur. D’autres fois, c’est moins grave et pourtant je le sens mal. » Tout repose, pour lui, sur l’importance d’être en forme physique : campé solidement sur ses jambes, le photographe a en effet l’allure d’un chef d’équipe sportive. S’il a rechigné pour faire son service militaire, envoyé finalement décorer de tirages géants les casernes de Paris, son air déterminé laisse deviner une énergie à peine voilée par sa placidité. Son ennemi le plus dangereux n’est autre que la fatigue, car « c’est là qu’on fait des erreurs », explique-t-il. L’insouciance n’est donc pas de mise, et il prépare ses voyages minutieusement. Chaque nouvelle destination de reportage doit être balisée, « comme un jeu de piste ». Il n’hésite alors pas à demander de l’aide à ses nombreux contacts rencontrés à Jeune Afrique, National Geographic ou Géo. Car s’il travaille souvent seul, le voyageur aime être en relation avec d’autres reporters mais encore travailler en binôme. Il précise de surcroît que « dans les zones délicates, il vaut mieux être deux pour prendre des décisions. » Sur les traces de Gide au Congo, derrière le Commandant Massoud en Afghanistan, Pascal Maitre met en outre son énergie au service d’une quête passionnée de l’information : « Les choses ne viennent jamais à vous, il faut aller les chercher sans trop se poser de questions.»
Chemin faisant
Rien ne semble l’arrêter, et pourtant. Ses souvenirs le ramènent à la bataille de Kaboul, en 1992 : « Ca cognait. J’ai suivi un ami de Médecin sans Frontières jusqu’à l’hôpital. Là, les blessés arrivaient, ils étaient explosés, ils hurlaient. Je n’ai plus eu envie.» Sentiment d’écoeurement. Quelques années plus tôt, en Mozambique, il allait voir un mutilé de guerre. L’homme était rieur, loquace, comme si de rien n’était. Le reporter a pourtant attendu que l’homme devienne plus grave pour faire son cliché : « Moi, bêtement, je voulais faire une photo dramatique. Alors que la Vie avait repris le dessus. » Sentiment d’erreur. Et puis, souvent très bien accueilli par des gens qui « donnent, beaucoup», il évoque ceux qui ont passé des semaines au pied de son lit, la nuit, pour veiller sur lui : « Quand on repart, on y pense encore. Et on n’oublie pas. » Sentiment d’abandon. Sur ce qui est lourd à porter, le photographe ne s’étend pas. Il défend discrètement sa pudeur et use sans cesse du mot « personnel ». « Moi, je ne parle pas beaucoup.», explique-t-il. Certes. Mais lorsqu’il parle de son parcours, ses mains s’agitent, ses yeux s’animent ; lorsqu’il parle de ses photos, tout son être transpire l’amour de l’image. Il dévoile ainsi un reportage commandé par Géo France et Géo Allemagne, qui l’a conduit deux fois en Somalie. L’immensité du bleu sur les bâtiments coloniaux de Mogadiscio, deux hommes engoncés dans leur combinaison rouge face à un énorme conteneur flottant sur les eaux, un chef d’escorte endormi dans une vaste chambre rose, qu’il trouve «un peu surréaliste » : son récent reportage sur Mogadiscio est un virage constant entre la soif des couleurs, le souci de l’humain et l’effort pour dénicher l’information. Tous ces pèlerinages du reporter semblent aussi reposer sur une grande foi dans le pouvoir de l’image : « Par l’image, l’imaginaire se promène, à la différence du documentaire», souligne le photographe. D’ailleurs, il ne troquerait pour rien au monde son appareil photo contre un autre support d’expression. Celui qui se dit « prêt à aller partout », à partir du moment où il va « pouvoir construire une histoire» ne pense pas à s’éloigner de la grande route du reportage. Condamné au voyage.